Impact social

À Madagascar, les mareyeuses d’Ifaty s’organisent pour mieux vivre de la pêche

À Ifaty, dans le sud-ouest de Madagascar, une quarantaine de femmes mareyeuses ont choisi de s’organiser collectivement pour mieux conserver le poisson, améliorer leurs revenus et renforcer leur pouvoir de négociation. Leur association, EZAKA, montre comment une organisation locale peut transformer progressivement les conditions de travail et la place des femmes dans l’économie d’un village côtier.

Femmes à Madagascar transportant et commercialisant du poisson sur un marché local.
Crédit : Photo : Wikimedia Commons / auteur du fichier, licence CC BY-SA 4.0.

Quand vendre vite signifie vendre moins bien

Dans les villages de pêche, le problème ne commence pas toujours en mer.

Il commence souvent une fois le poisson débarqué.

Sans glace suffisante, sans équipement de conservation et sans accès régulier à des marchés plus éloignés, les produits doivent être vendus rapidement. Cette contrainte réduit la capacité des vendeuses à négocier les prix et augmente le risque de pertes.

À Ifaty, village côtier du sud-ouest de Madagascar, ce sont souvent les femmes qui prennent en charge cette partie de la chaîne : achat, préparation, conservation et revente.

Elles sont donc directement confrontées aux difficultés quotidiennes du commerce du poisson.

Quarante femmes réunies autour d’un même métier

C’est dans ce contexte qu’est née l’association EZAKA.

Elle rassemble environ quarante femmes mareyeuses. Le mot signifie « effort », un choix qui résume bien leur démarche : faire collectivement ce qu’il est difficile de réaliser individuellement.

Les membres échangent sur leurs problèmes, organisent leurs activités et cherchent à améliorer ensemble leurs conditions de travail.

Selon la FAO, cette organisation collective leur a permis de mieux structurer la conservation du poisson, de partager certains équipements et d’améliorer leur capacité à atteindre de nouveaux marchés.

La conservation change l’économie du métier

Un équipement simple peut parfois modifier profondément un modèle économique.

Pouvoir conserver le poisson plus longtemps signifie ne plus être obligé de vendre immédiatement.

Cela permet d’attendre un meilleur acheteur, de transporter les produits plus loin et de réduire les pertes.

Dans une activité où les marges sont souvent faibles, cette différence est déterminante.

La chaîne de froid devient ainsi bien plus qu’un outil technique : elle devient un instrument de négociation.

L’organisation collective comme levier économique

EZAKA ne repose pas uniquement sur des équipements.

Le projet travaille également sur des compétences commerciales, la qualité des produits et l’organisation du groupe.

Cette dimension est essentielle.

Une association structurée peut acheter collectivement du matériel, négocier avec des partenaires et représenter ses membres auprès d’autres acteurs économiques.

L’impact se mesure alors autant dans les revenus que dans la capacité des femmes à prendre davantage de décisions sur leur propre activité.

Une place différente dans la communauté

Le changement est également social.

Lorsque les revenus augmentent et que l’activité devient mieux organisée, la place économique des femmes au sein du foyer et de la communauté évolue.

Elles disposent de davantage de moyens pour participer aux dépenses familiales, investir dans l’éducation ou la santé et financer leur propre activité.

Ce type d’évolution ne se produit pas instantanément.

Mais il montre comment un projet économique très concret peut avoir des effets beaucoup plus larges sur les rapports sociaux.

Partir du métier qui existe déjà

L’intérêt du modèle d’Ifaty tient aussi à sa simplicité.

Il ne s’agit pas de créer artificiellement une nouvelle activité.

Les femmes vendaient déjà du poisson.

Le projet consiste à améliorer ce métier : mieux conserver, mieux organiser, mieux vendre.

C’est une logique importante en matière d’impact social.

Le développement ne nécessite pas toujours de remplacer les activités existantes. Il peut aussi consister à donner davantage de moyens à ceux qui les exercent déjà.

Un modèle reproductible

De nombreux villages côtiers de Madagascar et de l’océan Indien rencontrent les mêmes difficultés : pertes après capture, faibles capacités de stockage, accès limité aux marchés et fragmentation des petits opérateurs.

L’expérience d’EZAKA montre qu’une partie de la réponse peut venir d’une combinaison relativement simple : organisation collective, équipements adaptés et montée en compétences.

À Ifaty, l’impact social commence donc avec quelque chose de très concret : permettre à des femmes de mieux vivre d’un métier qu’elles exerçaient déjà.

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