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Maurice — Khemraj Persand : bâtir une entreprise autour de l’huître locale

À Poudre-d’Or, au nord-est de Maurice, Khemraj Persand a choisi un métier inattendu : l’ostréiculture. Parti d’un projet artisanal, il a développé une activité aquacole qui fournit aujourd’hui hôtels, restaurants et particuliers. Son parcours montre comment une entreprise peut se construire autour d’une ressource locale, d’un savoir-faire patient et d’un marché longtemps dominé par les produits importés.

Baie aux Huîtres sur l’île Rodrigues, République de Maurice
Crédit : Jean Andy — Wikimedia Commons /réutilisation autorisée avec attribution, y compris usage commercial

Tout commence avec les huîtres

Lorsque Khemraj Persand se lance dans l’élevage d’huîtres au début des années 2010, le projet semble presque marginal.

Maurice possède pourtant des conditions naturelles favorables à certaines activités aquacoles, notamment dans les anciens barachois, ces bassins côtiers aménagés entre terre et lagon.

Khemraj Persand commence par travailler sur l’élevage d’huîtres à Poudre-d’Or.

Le développement est lent. Une huître demande du temps avant d’atteindre une taille commercialisable, et l’élevage nécessite une surveillance régulière de l’environnement, du développement des coquillages et de la qualité des installations.

Le projet finit néanmoins par trouver son marché.

Produire localement un produit souvent importé

La logique commerciale est particulièrement intéressante pour une île comme Maurice.

Les hôtels et restaurants consomment une quantité importante de produits alimentaires haut de gamme, dont une partie est importée.

Produire localement des huîtres permet donc de réduire une partie de cette dépendance tout en proposant un produit frais, directement issu du territoire.

Khemraj Persand développe progressivement une clientèle composée d’hôtels, de restaurants, de grandes surfaces et de particuliers. Une publication de 2025 évoquait une production annuelle comprise entre 500 000 et 1 million d’huîtres.

Des données publiées en 2026 indiquent également que son exploitation emploie une petite équipe et produit plusieurs centaines de milliers d’huîtres chaque année.

Un savoir-faire construit sur la durée

L’activité repose largement sur un savoir-faire pratique.

Les jeunes huîtres doivent être fixées sur des collecteurs, surveillées puis régulièrement manipulées au cours de leur croissance.

L’exploitation ne se limite d’ailleurs plus aux seules huîtres.

Des crabes, palourdes et autres espèces ont progressivement rejoint l’activité. Des essais concernant les oursins, les crevettes et d’autres productions aquacoles ont également été menés. Les autorités mauriciennes confirmaient encore récemment la présence d’huîtres, de palourdes et de crabes sur le site exploité par Persand Royal Company.

Cette diversification répond à une logique entrepreneuriale classique : une fois la maîtrise d’un environnement acquise, utiliser les mêmes infrastructures et compétences pour développer plusieurs produits.

Du producteur au restaurateur

Une nouvelle étape a été franchie avec l’ouverture de The Oyster Bar, à Moka.

Cette fois, Khemraj Persand ne se contente plus de produire.

Il vend directement une partie de ses produits au consommateur final.

Cette évolution modifie profondément le modèle économique : au lieu de rester uniquement fournisseur des hôtels et restaurants, l’entreprise maîtrise également une partie de la commercialisation et de la valorisation du produit.

C’est une forme d’intégration verticale : produire, distribuer puis servir directement ce que l’on produit.

Pour une petite entreprise, ce type d’évolution peut permettre d’améliorer les marges, de mieux contrôler l’image du produit et de créer un contact direct avec le marché.

L’entrepreneuriat bleu

Le parcours de Khemraj Persand s’inscrit aussi dans un secteur encore relativement peu développé : l’économie bleue.

À Maurice, la mer est évidemment omniprésente, mais une grande partie de l’activité économique maritime reste historiquement concentrée autour de la pêche, du tourisme et des services portuaires.

L’aquaculture ouvre d’autres possibilités.

Elle permet de produire localement des ressources alimentaires tout en développant des compétences spécifiques : reproduction, élevage, surveillance biologique, transformation et distribution.

Les autorités mauriciennes indiquaient encore en 2025 et 2026 que plusieurs projets aquacoles étaient actifs dans les barachois de Poudre-d’Or, avec des projets de diversification et d’amélioration des installations.

Commencer petit, apprendre longtemps

L’histoire de Khemraj Persand rappelle aussi une caractéristique souvent oubliée de l’entrepreneuriat.

Une entreprise ne se construit pas toujours rapidement.

L’ostréiculture impose des cycles longs, des investissements continus et une connaissance progressive du milieu naturel.

Les premières années ont donc surtout consisté à apprendre, tester, adapter les techniques et développer une clientèle.

Plus d’une décennie plus tard, cette patience a permis de transformer une activité expérimentale en véritable entreprise.

Une ressource locale devenue produit commercial

Le cas de Poudre-d’Or montre comment une activité entrepreneuriale peut émerger lorsqu’une ressource locale rencontre un marché existant.

Il y avait la mer.

Il y avait une demande en fruits de mer.

Il manquait surtout la capacité à organiser une production régulière, maîtriser un savoir-faire et construire une distribution.

C’est précisément cet espace économique qu’a occupé Khemraj Persand.

Son parcours illustre une forme d’entrepreneuriat particulièrement intéressante pour les économies insulaires : produire localement ce qui peut l’être, créer du savoir-faire et transformer progressivement une ressource naturelle en activité économique durable.

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