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Tanzanie — Wahab Ramadan : de la vente de récoltes à la transformation de l’huile de tournesol

À Chemba, en Tanzanie, Wahab Ramadan a commencé comme intermédiaire entre agriculteurs et marchés. Quelques années plus tard, il dirige une entreprise qui transforme localement le tournesol en huile et travaille avec plus de 1 000 petits producteurs. Son parcours illustre une idée simple : entreprendre peut aussi consister à conserver davantage de valeur ajoutée sur le territoire.

Tournesols destinés à la production d’huile en Tanzanie
Crédit : Rasheedhrasheed — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

De l’étudiant commerçant à l’entrepreneur agricole

Wahab Ramadan n’a pas attendu la fin de ses études pour commencer à entreprendre.

Pendant sa formation en ingénierie industrielle et management, il achète et revend déjà des productions agricoles auprès de cultivateurs de sa région. Cette activité lui permet de comprendre très tôt les difficultés auxquelles les agriculteurs sont confrontés : prix fluctuants, manque de stockage, accès irrégulier aux acheteurs et faible capacité à transformer eux-mêmes leurs récoltes.

Après son diplôme, obtenu en 2019, il décide de développer cette activité et crée Wahab Tropical Holding Ltd, à Chemba, dans le centre de la Tanzanie.

L’entreprise commence par le négoce de produits agricoles, avant de se tourner progressivement vers une activité plus structurante : la transformation du tournesol en huile.

Transformer plutôt que seulement vendre

Le principe économique est simple.

Lorsque les graines de tournesol sont vendues brutes, une grande partie de la valeur ajoutée est créée plus loin dans la chaîne : lors du pressage, du raffinage, du conditionnement et de la distribution.

En transformant une partie de la production localement, Wahab Ramadan cherche au contraire à conserver davantage de cette valeur dans sa région.

Son entreprise produit aujourd’hui de l’huile brute de tournesol ainsi que des tourteaux issus du pressage, qui peuvent notamment être utilisés dans l’alimentation animale.

Cette diversification permet d’utiliser une plus grande partie de la matière première et de créer plusieurs sources de revenus à partir d’une même récolte.

Les obstacles de la croissance

Le passage du commerce agricole à la transformation industrielle n’a cependant rien d’automatique.

Les premières difficultés sont très concrètes : disposer régulièrement de graines de qualité, stocker suffisamment de matière première et répondre aux normes sanitaires nécessaires à la transformation alimentaire.

Ces contraintes sont fréquentes pour les petites entreprises agroalimentaires africaines. La croissance ne dépend pas seulement de la demande : elle suppose aussi des équipements, du stockage, des procédures de contrôle et une organisation capable d’assurer une production régulière.

Wahab Tropical Holding a bénéficié d’un accompagnement technique dans le cadre du programme FEGGE de MEDA, notamment pour développer le raffinage de l’huile et améliorer la conformité aux normes alimentaires.

Plus de 1 000 producteurs autour de l’entreprise

Le développement de l’entreprise ne repose pas uniquement sur son unité de transformation.

Wahab Tropical Holding travaille désormais avec plus de 1 000 petits agriculteurs, dont plus de 900 femmes, selon MEDA. L’entreprise produit près de 400 000 litres d’huile brute par an, soit une progression de 65 % par rapport à la période précédant l’accompagnement du programme.

Ce réseau de producteurs constitue une partie essentielle du modèle.

Pour l’entreprise, il sécurise l’approvisionnement. Pour les agriculteurs, il peut créer un débouché plus régulier et réduire la dépendance à des acheteurs occasionnels.

Wahab Ramadan a également participé à la création d’un entrepôt destiné au stockage des récoltes et aidé certains agriculteurs à utiliser des outils numériques permettant de suivre les prix agricoles.

Construire une chaîne de valeur locale

Les produits de Wahab Tropical Holding sont désormais commercialisés dans plusieurs régions de Tanzanie, notamment Dodoma, Dar es Salaam, Iringa, Arusha, Moshi et Mbeya.

Le parcours de l’entreprise montre surtout comment une PME peut progressivement remonter une chaîne de valeur.

Au départ, l’activité consiste à acheter et revendre une matière première.

Puis viennent le stockage, la transformation, la conformité sanitaire, le conditionnement et la distribution.

À chaque étape, l’entreprise acquiert davantage de contrôle sur son produit et conserve une part plus importante de la valeur créée.

Entreprendre à partir d’un besoin existant

Wahab Ramadan n’a pas créé un marché nouveau.

Il est parti d’une production agricole déjà présente, le tournesol, d’un besoin existant, l’huile alimentaire, et d’un problème récurrent : une trop grande partie de la valeur échappait aux producteurs et aux entreprises locales.

C’est précisément ce qui rend son parcours intéressant.

Entreprendre ne signifie pas toujours inventer une technologie ou créer une nouvelle consommation.

Cela peut simplement consister à identifier l’endroit où une chaîne économique locale perd de la valeur — puis construire l’entreprise capable de la retenir.

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