D’un déchet à une ressource
À Madagascar, la question de l’énergie domestique reste étroitement liée au bois et au charbon. Cette dépendance exerce une pression forte sur les ressources forestières, tandis que de nombreux déchets agricoles restent peu valorisés. EcoCoco est née précisément de cette contradiction : d’un côté, une ressource énergétique traditionnelle qui contribue à la déforestation ; de l’autre, des résidus organiques disponibles mais peu exploités.
L’idée de Nirina Rakotondrasoa est simple dans son principe : récupérer les coques de noix de coco, les nettoyer, les sécher, les carboniser, puis transformer le charbon obtenu en briquettes destinées à la cuisson. La matière qui aurait pu être jetée devient ainsi un combustible alternatif.
EcoCoco travaille également sur la production de charbon actif destiné à la filtration de l’eau, ce qui élargit encore la portée du projet au-delà de la seule cuisson domestique.
Une réponse locale à plusieurs problèmes
Ce qui rend EcoCoco intéressant tient précisément à cette capacité à traiter plusieurs enjeux à la fois.
Le premier est environnemental : proposer une alternative au charbon de bois permet de réduire la pression sur les forêts.
Le deuxième concerne les déchets : les coques de noix de coco, jusque-là peu valorisées, deviennent une matière première.
Le troisième est économique : la collecte, la transformation et la distribution peuvent générer de nouvelles activités et des revenus locaux. EcoCoco présente d’ailleurs son modèle comme une entreprise à impact, cherchant à transformer un résidu agricole en opportunité économique.
Enfin, le développement du charbon actif ouvre une quatrième piste : celle de l’accès à l’eau potable, puisque ce matériau peut être utilisé dans des dispositifs de filtration.
Un parcours construit sur le terrain
Le projet n’est pas né d’une intuition abstraite.
Avant de créer EcoCoco, Nirina Rakotondrasoa a travaillé pendant plus de douze ans dans plusieurs domaines liés au développement, à l’environnement, à l’action humanitaire et à l’entrepreneuriat. Elle a notamment participé à des projets de conservation à Madagascar, travaillé sur des programmes de santé publique et accompagné des entrepreneurs et des PME.
Cette expérience lui a permis d’observer directement les conséquences de la dépendance au charbon et au bois de chauffe dans les territoires ruraux.
Elle raconte avoir vu des communautés exploiter les forêts parce qu’elles n’avaient tout simplement pas d’autre solution énergétique accessible. C’est cette réalité qui a progressivement nourri l’idée d’une alternative fondée sur une ressource déjà disponible : les déchets agricoles.
De l’accompagnement à l’entrepreneuriat
Pendant plusieurs années, Nirina Rakotondrasoa a travaillé au contact d’entrepreneurs.
Elle a notamment exercé dans des dispositifs d’accompagnement de startups et de PME, avant de décider de passer elle-même de l’autre côté : ne plus seulement aider les autres à construire leurs projets, mais porter le sien.
Cette transition est importante.
Elle illustre une évolution que l’on observe dans de nombreux pays africains : une nouvelle génération d’entrepreneurs cherche à construire des modèles économiques autour de problèmes très locaux — énergie, déchets, eau, agriculture — plutôt que de reproduire des solutions conçues ailleurs.
EcoCoco s’inscrit clairement dans cette logique.
Une innovation volontairement simple
Le projet ne repose pas sur une technologie spectaculaire.
C’est précisément ce qui fait son intérêt.
Le procédé utilise une matière disponible localement, des équipements relativement accessibles et une chaîne de transformation compréhensible : collecte, séchage, carbonisation, broyage, mélange avec un liant naturel, moulage et séchage.
Cette simplicité rend la solution potentiellement reproductible.
Selon Nirina Rakotondrasoa, les briquettes obtenues brûlent plus longtemps que le charbon traditionnel, produisent peu de poussière et peu de cendres. L’entreprise est toutefois encore dans une phase de structuration et de montée en puissance de sa production.
Passer du prototype à l’échelle
C’est désormais le principal défi.
EcoCoco a commencé par une phase pilote, mais le passage à une production régulière exige davantage d’équipements, une qualité constante, des certifications et une organisation industrielle plus solide.
Le projet a néanmoins commencé à obtenir une reconnaissance institutionnelle.
Nirina Rakotondrasoa a été sélectionnée pour le Mandela Washington Fellowship 2025, programme destiné à de jeunes leaders africains.
Plus récemment, EcoCoco a remporté en 2026 le premier prix du concours d’innovation organisé par la Mizunami Africa Foundation, avec un financement et un accompagnement destinés à accélérer le développement du projet.
Une entreprise au croisement de l’énergie et du développement local
EcoCoco reste encore une jeune entreprise.
Mais son intérêt dépasse déjà son niveau actuel de production.
Le projet montre comment une solution relativement simple peut relier plusieurs enjeux : énergie, déchets, déforestation, eau, emploi local et développement économique.
C’est également un exemple de ce que peut être une innovation utile : non pas nécessairement une rupture technologique, mais une meilleure utilisation des ressources déjà présentes sur un territoire.
À Madagascar, une coque de noix de coco peut ainsi devenir bien davantage qu’un déchet.
Elle peut devenir un combustible, un matériau de filtration, une source de revenus et peut-être, à terme, une petite partie de la réponse à plusieurs défis environnementaux du pays.
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